Littlebird AI : l'assistant qui en sait (peut-être) trop?
Un assistant IA qui observe vos courriels et vos documents pose des questions de Loi 25, de secret professionnel et de transfert de données hors Québec.

Les outils d’intelligence artificielle évoluent rapidement, et certains franchissent maintenant une nouvelle étape : celle de l’assistance contextuelle. Parmi eux, Littlebird AI se distingue par son approche ambitieuse. L’application promet d’agir comme un assistant personnel capable de comprendre votre environnement numérique, d’anticiper vos besoins et d’organiser vos informations en temps réel.
Cette innovation soulève toutefois une question essentielle : que se passe-t-il lorsqu’on l’examine non pas sous l’angle de la productivité, mais sous celui du droit, de la confidentialité et des obligations professionnelles?
Un outil prometteur, mais intrusif
Littlebird AI apprend de votre utilisation quotidienne : il observe vos applications, vos courriels, vos documents, vos habitudes. L’objectif est séduisant : un assistant qui pense pour vous. Mais derrière cette efficacité se cache une réalité simple : vos données sont observées, stockées et traitées.
L’entreprise précise que les données sont chiffrées et hébergées sur AWS (États-Unis). Elle ne les utiliserait pas pour entraîner ses modèles, mais ajoute :
« Pour ceux qui exigent une confidentialité absolue, Littlebird n’est peut-être pas le bon outil pour le moment. »
Autrement dit : une partie de vos informations quitte votre ordinateur.
Ce que ça implique au Québec
Au Québec, la Loi 25 encadre strictement tout transfert de données personnelles à l’extérieur du territoire. Avant d’utiliser ce type d’outil, il faut s’assurer que :
- Les données bénéficient d’une protection équivalente;
- Le risque de transfert est évalué;
- Les personnes concernées sont informées.
Pour le grand public et les entreprises
Pour les entreprises et les PME, l’enjeu dépasse la simple conformité. En confiant des informations à un outil comme Littlebird, elles doivent s’assurer que leurs données, et celles de leurs clients, ne soient pas utilisées ou accessibles à l’étranger sans garanties suffisantes. Cela suppose de vérifier les politiques de confidentialité, la localisation des serveurs et la chaîne de sous-traitance.
Dans le cas contraire, une entreprise pourrait se retrouver en situation de non-conformité à la Loi 25, même si elle croyait agir de bonne foi.
Et pour les professionnels du droit, la question est encore plus sensible.
Avocats et confidentialité : la zone grise
Étant moi-même avocat, c’est la première chose à laquelle j’ai pensé : est-ce que j’ai le droit d’utiliser un tel outil?
Le Code de déontologie des avocats impose de « prendre les moyens raisonnables pour assurer la protection des renseignements confidentiels ». Depuis 2020, l’article 21 oblige aussi les avocats à maintenir à jour leurs compétences technologiques. Autrement dit, nul ne peut plaider l’ignorance.
Mais le défi ne concerne pas que les avocats. Les CPA, notaires, psychologues, médecins et conseillers financiers sont tous tenus de garantir la confidentialité des informations reçues dans le cadre de leur pratique. Or, un assistant numérique qui observe vos documents, vos courriels ou vos dossiers internes pourrait capter, même involontairement, des données protégées par le secret professionnel.
Littlebird héberge ses données aux États-Unis, où le Cloud Act permet à certaines autorités d’accéder à des informations détenues par des entreprises américaines. Dans ce contexte, garantir la confidentialité absolue devient pratiquement impossible.
Le Barreau du Québec, dans son guide sur l’intelligence artificielle générative, rappelle que tout professionnel doit évaluer si un outil technologique respecte ses obligations avant de l’adopter.
En d’autres mots : la responsabilité reste entre vos mains, pas dans celles de l’outil.
Les bons réflexes à adopter
Professionnels :
- Limitez ces outils aux tâches non confidentielles.
- Évitez d’y intégrer des documents clients.
- Réalisez une évaluation d’impact avant tout transfert de données.
Entreprises et particuliers :
- Lisez la politique de confidentialité.
- Vérifiez l’emplacement des serveurs.
- Contrôlez les permissions que vous accordez.
Un outil prometteur, des enjeux concrets
Littlebird ouvre des perspectives intéressantes, mais son utilisation doit s’accompagner d’une analyse sérieuse des implications légales et pratiques. L’outil illustre bien le potentiel de l’IA pour alléger notre charge mentale, mais rappelle aussi que les enjeux de confidentialité sont bien réels.
Adopter ces outils, oui. Mais pas sans comprendre le cadre dans lequel ils évoluent.
Jean-Sébastien Rodriguez, avocat et entrepreneur. Collectif Nord, gouvernance, innovation et conformité à l’ère de l’IA.







